La crise est-elle derrière nous?

crise-financiereC’est le titre de la conférence animée ce  premier octobre 2013 à L’ENS de Lyon par Philip Herzog, conseiller spécial auprès de Michel Barnier commissaire européen en charge du marché intérieur. Il pose une  question pour laquelle  on a envie de répondre en choeur par l’affirmative.  Or, ce n’est pas le sentiment, ni la conviction  de l’orateur, qui s’inquiète de la persistance de la crise voire de son aggravation dans les années à venir. S’agit-il d’une pointe de  pessimisme légitime parce que dictée par les circonstances?  ou d’un doute fondé sur des considérations macro-économiques et politiques réelles et sans appel; telle est la question?

La crise est systémique…crise-immobiliere

Le conférencier estime qu’il ne faut pas se réjouir d’une sortie de crise car les dysfonctionnements sont de nature systémique. La croissance est atone dans un contexte où  le surendettement des Etats s’aggrave malgré les coupes budgétaires drastiques et l’explosion de la pression fiscale, Le développent du Shadow-banking témoigne de l’absence de transparence bancaire et la persistance  de la spéculation financière à haut risque. Les produits financiers toxiques, rachetés en masses par la banque centrale européenne augmentent inutilement et dangereusement ses  stocks.

La mondialisation exacerbe  la concurrence internationale et accélère le rythme de  délocalisation et de désindustrialisation.  Le renchérissement de l’énergie et des matières premières affecte le pouvoir d’achat, alourdi les charges  des entreprises  et dégrade leur compétitivité à l’international. Les moteurs classiques de la croissance sont en panne presque partout en Europe.  Le chômage de masse conjoncturel et structurel affecte la force de travail européenne et déstabilise sa démographie. Autant de facteurs qui ne favorisent pas les velléité de croissance,  à fortiori  lorsque aucune politique de relance ne pointe à l’horizon.

Mais les réformes ne sont pas à la hauteur des enjeux:crise-européenne

La crise est profonde et les dysfonctionnements structurels  et endémiques. Les traitements d’urgence apportés par les gouvernements Européens restent superficiels, ponctuels et éclatés. Ils sont emprunts d’une dose d’égoïsme et d’individualisme national, au détriment  d’une vision solidaire, guidée par le bien commun et l’intérêt supérieur de l’union.

Le conférencier montre, comment la crise financière et bancaire  s’est transformée en une  crise de surendettement public, qui affecte la stabilité de presque tous les Etats nations européens de l’Islande à la Grèce, de l’Italie au Portugal, en passant par l’Espagne et peut-être demain la France. Les triples A s’envolent et  annoncent le spectre d’un désordre continental plus grave. Il fait perdre à l’Europe sa crédibilité et sa place dans le concert des nations, dégrade sa préséance politique et sa puissance économique. Pis encore, la conscience d’une communauté de destin s’estompe car,  chaque Etat européen pratique une politique économique individualiste, rivée sur les perspectives électorales géolocales, dictées par l’immédiateté des  objectifs étroits d’un certain “patriotisme économique”.

Ce contexte est d’autant plus dangereux, qu’il fragilise la monnaie unique et menace, la stabilité de la zone euro, voire son unité. Il alimente les réflexes de repli, fertilise le terrain du populisme rampant anti européens. Il exacerbe le nationalisme et l’extrémisme, au mépris de la paix sociale, de la démocratie et de la solidarité.

Comment alors conjurer le sort, et sortir de la   crise ?crise- de-gouvernance

Pour dramatique qu’elle soit, la crise constitue un défit à relever. Il faut faire preuve de volontarisme, d’innovation et de prise de conscience collective. Ce volontarisme doit avoir un volet économique, un volet politique et un autre culturel:

En citant Kant:” Pour ne pas s’entre-tuer, on crée des institutions”, Mr Herzog propose une évolution vers une intégration politique plus poussée. Il préconise de  doter l’Europe d’un véritable gouvernement politique à même de prendre les problèmes de façon globale.  A l’instar d’une gouvernance fédérale, cette nouvelle institution devrait être  capable de faire des choix collectifs et stratégiques  pour le bien de tous.

Sur le plan économique, il préconise d’assainir le système bancaire, en lui imposant des réformes structurelles. Initier une politique de relance et de prospérité collective,  fondée sur de nouvelles valeurs d’utilité collective,  de solidarité et de croissance durable.

Enfin, il faut relever l’enjeu culturel et éducatif  pour former et sensibiliser les générations aux défis socio-économiques, écologiques et politiques  majeurs afin de  réinventer le progrès , l’espérance et la prospérité.

Il est  nécessaire  de provoquer un choc culturel, en vue d’une prise de conscience collective éclairée. Une opinion publique européenne agissante et un sursaut citoyen responsable sont indispensables, pour infléchir la tendance et peser sur les décisions économiques et politiques de l’union,  maintenant et dans le futur

Par  Hassan MEHREZ

Professeur d’économie-gestion.

Académie de Lyon.