Les journées nationales du management 2014

La PME dans tous ses états…

JOSEPHPUZZOLes journées nationales du management pour l’année 2014 se sont déroulées à Paris les 13 et 14 octobre avec comme thème : « La PME dans tous ses états ». En effet, la PME est mise à l’honneur à travers plusieurs axes de réflexion: de la PME locale à la PME mondialisée; de La PME innovante et socialement responsable à la PME coopérative. Toutes les facettes de la PME ou presque sont passés au crible, celles qui consacrent la figure de l’entrepreneur exceptionnel, celles qui symbolisent le capitalisme patrimonial et se subliment en ETI,  ou encore celles issues de l’intrepreneuriat et de l’essaimage.

Cette présentation ne peut rendre compte de toute la diversité des thèmes abordés, encore moins de la richesse et de la pertinence des débats qui ont jalonné les deux journées du séminaire. Aussi, allons-nous plutôt focaliser l’intérêt sur quelques conférences ou ateliers auxquels nous avons assisté et qui ont suscité notre ravissement…

      La conférence d’ouverture animée par le professeur Olivier Torres de l’université de Montpellier donnait le ton et ne pouvait être meilleure accroche. La mise en relief de la PME est convoqué pour conjurer le sort du dédain et du désintérêt que le microcosme de la recherche en économie et management semble lui avoir réservé depuis des décennies.     Le conférencier dans une démonstration magistrale ponctuée d’un humour léger et lumineux. s’est transformé en défenseur de la PME. Il lui a rendu un vibrant hommage en empruntant à l’histoire la symbolique et les arguments nécessaires et justes pour la reconsidérer. La PME est ainsi identifiée aux tiers état de l’abbé Sieyès. Elle serait cette entité qui « ne pèse rien », «ne représente rien » et « ne demande rien ». L’orateur qui se qualifie lui-même de PMiste depuis plus de 20 ans se meut en « jacobin de la PME ». Il montre des vérités occultées par le mimétisme et le conformisme des “nobles intellectuels” et hommes politiques. Ceux là même dont les yeux rivés sur la grande entreprise, la gratifient de toutes les attentions quitte à en faire un modèle et transposer son contexte théorique aux problématiques concrètes et ô combien différentes de la PME. En effet, la recherche semble se focaliser sur les grandes entreprises et entraîne dans son sillage le technocrate qui ne jure que par le gigantisme structurel combiné à la construction et aux effets de mode de telle ou telle conception savante. La PME est ignorée, son poids dans le paysage socio-économique (99.8% des entreprises en France) n’a d’égal que la légèreté de la littérature qui lui est consacrée. Il est donc temps de rétablir la PME dans ses droits et dans sa réelle dimension d’acteur majeur de l’économie ( 50% du PIB et 70% des emplois)

      Quel que soit le territoire, la région, le pays, le continent; la PME est aux abonnées présents alors qu’elle est absente de la surface des articles de recherche scientifique. Maître Torres invoque Bourdieu à l’appui de sa démonstration: “les théories produisent des effets d’autorité” disait le sociologue; or sans récurrence théorique, il n’y a point de consécration. Sans recherche et théorisation de la PME celle-ci reste une entité scientifique marginale car marginalisée. La plaidoirie se termine par une invitation à faire de la PME un objet d’étude digne de toutes les attentions.

Les conférences et les ateliers qui se sont succédés, ont relevé ce défit et réconforté l’audience sur la place de choix que la PME occupe désormais dans le paysage économique réel et conceptuel. L’avènement de l’économie sociale et solidaire semble s’épanouir d’abord dans la PME avant de trouver son chemin vers l’ETI ou la grande entreprise. Les cas de la SARL VEJA, et de la Start-up “ Big Moustache” en étaient la parfaite illustration.

      L’innovation organisationnelle, l’éthique et l’usage massif du numérique comme vecteur de développement et modalité alternative de croissance sont désormais l’expression de fleurons industriels à dimension humaine. Le cas de la PME patrimoniale, ancrée territorialement et pourtant à la pointe de la technologie et de la mondialisation est illustré par le cas AXON cables. L’intervention de son charismatique PDG, Joseph PUZO, qui constitue à lui seul un « objet d’étude »; illustre la figure de l’entrepreneur au sens Schumpetérien du terme. Voici un homme infatigable, issue de la diversité, aimant le risque, qui pendant un demi-siècle fait de son entreprise familiale un champion caché de la compétitivité et de l’innovation. Seul ou presque, il a conquis le monde à travers une vingtaine de filiales. Il est fier de dire qu’il n’est pas allé seulement à la conquête du monde mais de l’univers. Ses composantes ( câbles à forte valeur technologique) équipent les navettes spéciales et même les robots qui arpentent la planète Mars. Des réussites de cette envergure doivent nous inspirer la fierté et l’espoir de nourrir d’autres projets d’entrepreneuriat et de croissance. C’est la preuve qu’il ne faut pas se lamenter sur notre sort, ou prêter le flanc « aux polémistes marchands de désespoir », ou s’attendrir sur discours fatalistes « des idéologues du pessimisme vénal »

     Comme le dit Jean-Pierre Poissin, professeur à Grenoble et chargé de la promotion de l’entrepreneuriat étudiant, il est important d’insuffler le challenge et l’esprit d’entreprise aux générations montantes de manière réaliste et pragmatique. Inutile en effet d’entretenir l’illusion de reproduire des aventures exceptionnelles du type GOOGLE ou APPLE, Inutile également de faire croire à des jeunes frappés par l’exclusion ou le chômage que leur salut passe uniquement par la création de leur propre entreprise: “ si jamais ils veulent s’en sortir….”

Hassan Mehrez

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